Tonnara

Histoire de la Tonnara par François Canonici

La Tunara : les anciennes madragues

La Tonnara (a Tunara) qui étale de fort belles plages sur la côte ouest, dont une avec un étang (« u Stagnolu »), tire son nom de l’existence d’anciennes thonaires. En 1700, les Bonifaciens pratiquaient la pèche aux thons qui leur procurait des gains assez importants. Mais les Sardes, qui faisaient la même pèche à Porto Torrès et à l’île Saint Pierre, jaloux du succès des Bonifaciens, car les bandes de thons arrivaient d’abord sur la côte bonifacienne remplissant les filets des pécheurs locaux, décidèrent de détruire le commerce et de rompre les madragues des Bonifaciens : « ce dessein fut exécuté et, soit que les circonstances fussent peu favorables aux bonifaciens pour tirer justice d’une pareille entreprise, ou que la Compagnie des pécheurs de thons se trouvât hors d’état de réparer cette perte, cette activité fut abandonnée » (« Situation économique de la ville de Bonifacio à la fin du 18 ème siècle » . Archives départementales de la Corse).

En 1838, il y avait encore une certaine activité puisque 250 thons avaient été capturés à la Tonnara.
En 1879, on créait trois nouvelles madragues. La madrague se nomme, en italien, « Tonara » (d’où le nom donné à cette plage bonifacienne). La pèche à la madrague comprenait une enceinte de filets et de câbles préparés particulièrement pour prendre du thon sur les côtes méditerranéennes. « Tous les filets qui forment la madrague sont assujettis au fond de l’eau par un poids énorme de lest de pierres et tenus verticalement au moyen de plusieurs nattes de liège d’un pied carré. Les parois sont affermies par un grand nombre de cordes fixées d’un bout sur celle qui borde la tête des filets, et de l’autre, amarrées à une ancre mouillée au fond de la mer. Tout cet établissement est assez solide pour résister à l’impétuosité des vents, aux courants de la mer, aux efforts des poissons qu’il renferme... » (Grégory.)

Les thons ont l’habitude de suivre la côte, lorsqu’ils trouvent une profondeur satisfaisante. La madrague étant placée à une certaine distance dans la mer, c’est entre elle et le rivage que passent ordinairement les thons.
Arrivés à l’extrémité de la queue des filets, ils sont arrêtés dans leur marche et forcés d’entrer dans un premier compartiment de la madrague dont la porte est toujours ouverte. Dès qu’ils y ont pénétré, les pécheurs les contraignent à passer successivement dans divers compartiments jusqu’à l’extrémité des parois de liège où existe la chambre dite « de mort » ou « corpu ».
Là se trouve un fort filet tendu horizontalement et formant un immense plancher. C’est alors que les pécheurs, armés de crocs, livrent un combat acharné aux thons qu’ils harponnent après les avoir tués. On appelle cette boucherie « la Mattanza ».
« En 1878, toutes les madragues de Corse ont péché plus de 300 tonnes de thons et de bonites » (Pascal Robaglia).

Au début du XXe siècle, quelques Bonifaciens tentèrent de faire redémarrer cette pèche, à l’initiative des capitaines au Long Cours Castelli et Gentile; Capriata, commandant du port de Sfax et Quilici, négociant à Bonifacio, qui installèrent un thonaire dans le golfe de Ventilegne.
Cette industrie ne devait durer que peu de temps en raison de la réduction des arrivages de thons aux abords des côtes corses.

Texte extrait de "La Trinité de Bonifacio et du Grand Sud Corse" de François Canonici.



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